Discours

Le Président Bassirou Diomaye Faye ouvre la 19e Assemblée générale de l’AUF à Dakar.

3 novembre 2025

Le Président Bassirou Diomaye Faye ouvre la 19e Assemblée générale de l’AUF à
Dakar.
La 19e Assemblée générale de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) s’est ouverte ce lundi à Dakar, sous la présidence de Son Excellence le Président Bassirou Diomaye Faye.
Cette grande rencontre internationale réunit des responsables d’universités, des chercheurs et des décideurs venus de plusieurs pays francophones autour d’un objectif commun : faire du savoir et de la science des leviers de développement et d’intégration.
Le Chef de l’État a rappelé que la science et la culture sont indissociables et qu’elles fondent la souveraineté des nations. Il a appelé à renforcer l’investissement dans la recherche, l’innovation et les savoirs endogènes pour bâtir une Afrique intellectuellement et technologiquement autonome.
Le Sénégal, terre d’hospitalité et de savoir, réaffirme ainsi son engagement à promouvoir une francophonie scientifique ouverte, inclusive et tournée vers l’avenir.
 
Retrouvez ci-dessous l'intégralité du discours de Son Excellence Monsieur Bassirou Diomaye Diakhar FAYE, Président de la République
 
Dakar, 03 novembre 2025- Seul le prononcé fait foi
 
Mesdames, Messieurs les Membres du Gouvernement, Monsieur le Président de l’Agence Universitaire de la Francophonie, Monsieur le Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, Mesdames, Messieurs les Ministres en charge de l’Enseignement supérieur des Etats et Gouvernements membres, Excellences Mesdames, Messieurs les membres du Corps diplomatique, Monsieur le Recteur de l’Agence universitaire de la Francophonie, Monsieur le Recteur de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Chers enseignants chercheurs, Chères étudiantes, chers étudiants, Honorables invités, Mesdames, Messieurs, Cheikh Anta Diop, éminent savant africain, s’adressant à la jeunesse sénégalaise et africaine, disait : « Armez-vous de science jusqu’aux dents ! Arrachez votre patrimoine culturel ».
 
Je retiens de cette admirable injonction, l’urgence de l’action et la nécessité de celle-ci. Par cette injonction, Cheikh Anta Diop réaffirme la consubstantialité du lien entre la science et la culture. En effet, la science, fût-elle qualifiée de dure, n’est au fond jamais neutre ou désincarnée. Elle est chargée de sens. D’ailleurs, l’histoire regorge d’exemples d’une instrumentalisation de la science pour imposer des idéologies, au détriment d’autres Peuples. Sous ce rapport, il est fondamental que le Continent africain investisse massivement dans la science et la technologie et en particulier dans l’autonomie des savoirs. Cette autonomie doit commencer par l’enseignement à tous les niveaux, y compris dans l’enseignement supérieur et la recherche, des savoirs endogènes qui sont une part inaltérable de la science universelle. Au surplus, il nous faut, au-delà de l’intégration politique et économique, penser à une intégration de l’enseignement supérieur en Afrique et pardessus tout à l’intégration des savoirs en Afrique. En réalité, cette intégration des savoirs était une réalité ancrée en Afrique de l’Ouest ; à l’époque où la transmission et le partage des supports du savoir, ainsi que la mobilité des porteurs de savoirs, constituait une véritable sinécure. Et pourtant ! les foyers ardents de l’Université de Pire Khaly Amar Fall au Sénégal, les localités de Chinguetti en Mauritanie ou de Tombouctou au Mali renseignent, à suffisance, sur l’existence de solides traditions. Il s’agit des traditions relatives à la promotion des sciences et celles de la circulation du savoir et des savants à des époques pourtant reculées.
 
Mesdames, Messieurs,
 
L’Agence universitaire de la Francophonie œuvre, depuis sa création, à l’intégration scientifique de l’espace francophone, à l’inclusion et à la recherche de l’autonomie scientifique. Toutefois, il est primordial que cette mission soit réalisée dans un esprit d’ouverture à d’autres aires linguistiques et à d’autres modèles culturels. C’est pourquoi je me réjouis de présider, ce matin, la cérémonie d’ouverture de la 19ème Assemblée générale de l’AUF, couplée à la cinquième Semaine mondiale de la Francophonie scientifique. Je voudrais donc souhaiter la cordiale bienvenue en terre africaine du Sénégal, terre d’hospitalité, de culture et de partage du savoir, à nos hôtes. Bienvenue chez vous ! Le lien du savoir est sans doute le plus solide à côté des liens de sang, car il se bâtit sur l’inclination naturelle au partage et l’altérité. Le Sénégal, pays membre fondateur de la Francophonie institutionnelle, abrite, depuis sa création en 1974, le siège du Bureau Afrique de l’Ouest de l’Agence universitaire de la Francophonie ; l’un des plus anciens de l’espace francophone qui regroupe 12 pays et 135 universités de la sous-région. Toutes les universités sénégalaises en sont membres ainsi qu’une grande partie des instituts supérieurs d’enseignement professionnel (ISEP). Le Sénégal est engagé dans la dynamique de l’intégration scientifique en Afrique de l’Ouest francophone. Cette intégration passe par la mise en œuvre de programmes de formation, de formation à la recherche, de recherche et d’innovation dans toute la sous- région.
 
Mesdames, Messieurs,
 
Les défis contemporains de l’enseignement supérieur sont légion. Il s’agit de la formation de masses critiques de techniciens supérieurs, d’ingénieurs et de scientifiques de toutes disciplines, de la transformation numérique de l’enseignement supérieur par la réforme des curricula, les modalités d’enseignement et la gestion, de la mobilité des étudiants, des enseignants chercheurs et des chercheurs, de la pertinence des formations face aux mutations du marché du travail, de la nécessaire adaptation aux enjeux sociétaux et de l’éclosion de foyers de création de brevets pour accompagner nos programmes de développement. Par conséquent, dans un monde où les fractures entre les Etats se creusent par la science, la technologie, la recherche et l’innovation, il est indispensable que les pays du Sud promeuvent une culture scientifique ancrée dès le bas-âge jusqu’au niveau supérieur ; et dans des modes d’enseignement et de formation non formels ou institutionnalisés. L’enseignement supérieur a un rôle essentiel à jouer pour inverser la tendance actuelle de désaffection des filières scientifiques dans nos différents pays. Comme l’histoire de l’Afrique le démontre, cette tendance n’est pas une fatalité. J’appelle donc les autorités de l’enseignements supérieur, les enseignants chercheurs et les chercheurs dans un sursaut patriotique, à conjuguer leurs efforts, à faire preuve d’innovation et de créativité, pour que la jeunesse africaine retrouve le goût, l’envie et la passion pour les mathématiques, la science et la technologie. Au demeurant, la Vision Sénégal-2050 accorde une place fondamentale à l’enseignement supérieur, à la recherche, à la science, à la technologie et à l’innovation. Ainsi, des réformes majeures vont-elles être engagées. Elles émanent des réflexions issues de l’Agenda national de Transformation de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (ANTESRI). Des ruptures radicales sont envisagées. C’est le cas concernant les options de formation, avec une grande part consacrée aux réformes des contenus et l’enseignement des sciences, des techniques et des savoirs endogènes. L’ambition est aussi d’orienter l’enseignement supérieur et la recherche vers le développement économique et social et l’épanouissement des populations les plus vulnérables. L’inclusion, la prise en compte de nos réalités, l’intégration, la mobilité et l’innovation ne nous paraissent pas des options contradictoires. Elles sont complémentaires et demeurent les socles d’un enseignement supérieur davantage en phase avec nos réalités nationales.
 
Mesdames, messieurs,
 
La révolution numérique nous offre des opportunités inouïes que nous devons absolument saisir. Contrairement à la Révolution industrielle, que nos pays n’ont pas fini de rattraper, nous devons absolument être au rendez-vous de l’Histoire avec le Numérique. Il nous faut transformer notre rapport au numérique. Transformer les technologies en savoirs académiques capitalisés, en techniques et technologies pleinement maîtrisées, en création d’applications bénéfiques aux populations et en création d’entreprises et de start-ups innovantes. Le lancement, par le Sénégal, de son premier satellite, s’inscrit dans ces options. C’est cette trajectoire que notre pays a décidée d’explorer dans le cadre du New Deal technologique qui s’emploie à faire du numérique un vecteur de développement apte à transformer tous les secteurs pour porter notre ambition de souveraineté. Il s’agit, avec ce programme national, d’accéder à la Souveraineté Numérique ; de généraliser la Digitalisation des Services publics ; de permettre le Développement de l’Économie numérique ; de donner à notre pays une position de Leader africain dans le Numérique
 
Mesdames, Messieurs,
 
Il est important que l’AUF demeure à l’avant-garde de l’innovation dans l’enseignement supérieur, en poursuivant des objectifs visant à faciliter les synergies entre enseignants chercheurs, chercheurs et décideurs publics comme privés. La Francophonie, fondée sur la promotion de la diversité culturelle et linguistique, devra également accorder une place plus importante aux langues nationales dans ses projets pour la recherche et l’innovation, aux côtés du français.
 
Cette orientation nous tient particulièrement à cœur dans notre ambition de valorisation de notre patrimoine culturel. En effet, les menaces contre la diversité concernent toutes les langues sans exception ; y compris nos langues locales. Le respect de la diversité commande que tous les idiomes, dans un rapport d’équité, apportent ensemble leurs contributions à l’essor de la lumière du savoir. C’est une question de dignité autant que de pragmatisme. C’est aussi et surtout une question de souveraineté. Je me réjouis par ailleurs de constater que l’AUF s’est engagée, depuis quelques années, dans un processus de diversification de ses offres programmatiques, en accordant une part significative à l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes et à l’insertion professionnelle. Je salue à cet égard la mise en œuvre, au Sénégal, de deux projets qui épousent les préoccupations du Gouvernement : - le projet ENTREPRENDRE qui vise à développer une culture entrepreneuriale dans les universités et à accompagner les porteurs de projets étudiants. - Et le projet de « Mobilité urbaine durable et emploi » dont l’objectif est de créer un écosystème inclusif pour la formation et l’insertion dans les métiers de la mobilité urbaine durable. Dans la même dynamique, je souhaite que l’AUF travaille davantage à explorer les meilleures pratiques en matière de certification des acquis de l’expérience. L’objectif est d’accompagner les catégories de populations qui peinent à les valoriser pleinement en raison de l’absence d’une reconnaissance académique et institutionnelle. Mesdames, Messieurs, Le défi le plus prégnant, dans l’espace francophone, et particulièrement en Afrique, est celui de la prise en charge des aspirations soutenues de notre jeunesse qui constitue l’écrasante majorité, 60%, de notre communauté. Toutes nos actions doivent tendre, en dernier ressort, à apporter des solutions aux problèmes des jeunes en matière d’éducation, de formation ou d’emploi. Pour ce faire, il s’agira de renforcer la diplomatie scientifique, susceptible de faciliter le rapprochement entre les décideurs politiques et les porteurs de savoirs. Mesdames, Messieurs, Je tiens, encore une fois, à saluer cette initiative de l’AUF, afin, qu’en Francophonie, le savoir et la recherche à hauteur d’homme continuent à épouser les besoins de nos populations. En vous réunissant aujourd’hui, vous affirmez que le savoir n’a de sens que s’il est au service du progrès humain et des besoins propres à toute société. Je vous félicite pour cet engagement et vous souhaite des échanges fructueux et inspirants. Par ces mots, je déclare ouverte la dix-neuvième édition de l’Assemblée générale de l’Agence universitaire de la Francophonie ainsi que la cinquième Semaine mondiale de la Francophonie scientifique. Je vous remercie de votre aimable attention.