Rapport de la Sous-Commission Archéologie pour le Massacre de Thiaroye

1 juillet 2025

Résumé

Ce rapport présente les résultats préliminaires des fouilles archéologiques menées par la Sous-Commission Archéologie de la Commission Massacre de Thiaroye, chargée d’enquêter sur les événements du massacre de Thiaroye survenu en 1944. Les investigations, réalisées dans le cimetière militaire de Thiaroye, visaient à vérifier la présence de restes humains sous les tombes et à documenter les conditions d’inhumation des victimes.

Points clés

  • Contexte historique : Le massacre de Thiaroye, survenu le 1er décembre 1944, a vu des tirailleurs sénégalais désarmés être tués par l’armée française après avoir réclamé le paiement de leurs soldes. Les circonstances exactes, le nombre de victimes et les lieux d’inhumation restent sujets à débat.
  • Objectif des fouilles : Vérifier si les tombes du cimetière militaire de Thiaroye contiennent des restes humains et documenter les modes d’inhumation pour éclairer les événements de 1944.
  • Méthodologie : Sondages archéologiques sur 7 tombes du « lot 1 » du cimetière, utilisant des techniques de fouille stratigraphique, de photogrammétrie et de géoréférencement. Les fouilles ont été menées sur une superficie de 40 m².
  • Résultats préliminaires :
    • Les tombes sont postérieures aux inhumations, avec des incohérences entre la position des squelettes et les structures tombales.
    • Deux modes d’inhumation identifiés : en terre pleine (rangées 1 et 3) et en coffrage de bois (rangée 2).
    • Présence d’objets associés aux défunts (boutons, clous de brodequins, balles, chaînes en fer) suggérant des traces de violence.
    • Les individus de la rangée 1 présentent des signes distinctifs de gradés militaires (pattes de collet, médailles).
  • Interprétations :
    • Les tombes actuelles pourraient avoir été construites ultérieurement pour correspondre au nombre officiel de victimes.
    • Les différences de traitement post-mortem (terre pleine vs. coffrage de bois) suggèrent des statuts ou des circonstances de décès distincts.
    • Hypothèses sur l’identité des défunts : tirailleurs sénégalais pour les rangées 1 et 3, et possiblement des militaires ou civils français pour la rangée 2.
  • Recommandations :
    • Réaliser des analyses génétiques et anthropologiques pour identifier les défunts et déterminer les causes de décès.
    • Approfonfir les sondages à l’aide d’un radar à pénétration de sol (RPS) et étendre les fouilles aux 27 autres tombes du lot 1.
    • Scanner l’ensemble du cimetière et étendre les investigations à d’autres zones (camp militaire, foirail, etc.).
    • Organiser des chantiers-écoles pluridisciplinaires avec des étudiants des pays d’origine des tirailleurs.

Détails et éléments notables

  • Acteurs et institutions :
    • Sous-Commission Archéologie dirigée par le Professeur Moustapha Sall (Président) et la Professeure Khady Niang (Rapporteure).
    • Équipe pluridisciplinaire incluant des historiens, archéologues, géomaticiens et doctorants de l’UCAD et de l’UASZ.
    • Participation du Centre géographique des armées (CEGA) et d’experts en génétique.
  • Références historiques :
    • Rapport de l’Assemblée nationale française (17 novembre 2020) mentionnant la construction de tombes sur des fosses communes.
    • Reconnaissance officielle du massacre par le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian en 2021.
    • Discours du Président Bassirou Diomaye Faye (1er décembre 2024) annonçant le lancement des travaux de recherche.
  • Chiffres et données techniques :
    • Superficie du cimetière : 5 174 m², dont un tiers occupé par 202 stèles anonymes.
    • Lot 1 : 34 tombes, dont 7 sondées lors de cette phase.
    • Profondeur des sépultures : entre 50 cm et 1,93 m.
    • Objets retrouvés : boutons en cuivre (diamètre 16-23 mm), balles, chaînes en fer, clous de brodequins, anneaux en cuivre.
  • Observations archéologiques :
    • Présence de sédiments noirâtres et visqueux dans les sépultures en terre pleine, suggérant des conditions de décomposition particulières.
    • Découverte d’une balle ogivale sur l’individu 3 de la rangée 1, en cours d’expertise balistique.
    • Absence de crâne et de côtes sur certains individus, indiquant des traces de violence ou des manipulations post-mortem.